EDITORIAL
Il faut prendre sur les profits pour sauver les emplois à Carsid

La direction de Duferco vient d’annoncer la fermeture du site de Carsid, usine sidérurgique située à Charleroi. Cette décision laisse sur le carreau 1000 travailleurs et leurs familles, sans compter les sous-traitants. Avec toute la désinvolture dont peut faire preuve un patron quand il s’agit de la vie de centaines de travailleurs, Gozzi a commenté cette décision en justifiant que la baisse du cours du CO2 à la bourse ne lui permettait plus de faire assez d’argent avec la vente des quotas de CO2 octroyés gracieusement par la Région wallonne.
En effet, depuis 2008, date de début de la crise financière, l’usine est à l’arrêt et les travailleurs soumis au chômage économique, payé en grosse partie par l’Etat. Néanmoins, pendant toute cette période où aucun gaz polluant n’a été émis de Carsid, la direction de Duferco a continué à bénéficier de quotas de CO2 payés par la Région wallonne. Celui-ci s’est alors empressé de les vendre à la bourse. Résultat des courses, Duferco a réalisé 140 millions d’euros de bénéfices grâce à la vente de ces quotas de CO2 sur le marché. Quand les cours ont trop baissé à son goût, il a décidé de se débarrasser de l’usine et des 1000 travailleurs qui lui servaient d’alibi pour recevoir des aides d’Etat.
Réaliser des millions de profits sur le dos des travailleurs pendant des années, profiter du chômage économique payé par la collectivité, empocher les aides d’Etat, les revendre, et ensuite tout bazarder en emportant les sous, voilà le genre de pratique légale auquel se livrent les patrons sous le capitalisme.
Du côté de la Région wallonne, du PS au MR, tous font mine de pleurer sur le sort des travailleurs mais aucun ne critiquent ces conduites mafieuses. Ils n’ont que le mot reconversion à la bouche et se gardent bien de réclamer à Duferco un remboursement même partiel des multitudes d’aides reçues par Duferco depuis des années. En digne porte-paroles des patrons ils expliquent même que tous ceci est bien légal et n’ont rien à objecter sur le fait qu’une entreprise riche à million jette « légalement » des travailleurs au chômage comme des kleenex usagés.
Sur le banc syndical le ton est à la résignation. La CSC se borne à évoquer les prépensions et la FGTB va même jusqu’à prendre la défense de Duferco. Dans les journaux on peut ainsi lire que le président de la délégation FGTB de Carsid a déclaré : « Duferco a toujours été correct … Dans le contexte actuel, le sauvetage était quasiment impossible. ». Voilà que les syndicats se font les avocats des patrons !
Pourtant une autre voie est possible. Duferco est un groupe qui a réalisé des millions de bénéfices pendant des années. Rien que pour ces trois dernières années son bénéfice s’élève à 210 millions d’euros. Cet argent il l’a obtenu en imposant aux travailleurs des restructurations successives et des augmentations de cadence de travail sous prétexte de préserver l’outil. Il a empoché les aides d’Etats pour soi-disant maintenir l’emploi sans avoir aucun compte à rendre. Et au bout du compte, une fois les profits engrangés, il s’en va en claquant la porte.
Alors quoi de plus juste que de lui imposer de prendre sur ses profits pour maintenir l’emploi à Carsid. Ces millions que le groupe Duferco possède il les doit aux travailleurs qui eux seuls créent de la richesse de par leur travail et aux subventions étatiques qui en dernier ressort proviennent de la collectivité. Interdire les licenciements à ces quelques actionnaires assoiffés de profit qui plongent des familles entières dans la misère serait le minimum de justice.
Cette perspective, elle n’est pas et ne sera pas défendue par aucun politicien. Tous cherchent à comment faire avaler la pilule et craignent par-dessus tout la colère du monde du travail. Cet objectif, il ne peut être porté que par les travailleurs eux-mêmes. C’est uniquement par leur lutte qu’ils pourront défaire plier le patronat et leur imposer l’interdiction des licenciements.
21.04.2012
Mots-Clés : Licenciements - Carsid - Duferco
